En 1999, à Vénissieux, l’explosion d’une voiture roulant au GPL en feu blesse cinq pompiers et conduit à l’amputation d’un d’entre eux. Cet accident scelle pour deux décennies la réputation de « bombe roulante » du gaz de pétrole liquéfié. Vingt-cinq ans plus tard, ce carburant équipe encore moins de 0,5 % du parc automobile français, soit environ 260 000 véhicules. Pourtant, depuis l’imposition de la soupape de sécurité, aucun cas d’explosion d’un véhicule GPL conforme à la réglementation n’a été recensé sur les routes françaises.
Vénissieux 1999 : l’accident qui a tout fait basculer
L’incendie de Vénissieux n’est pas un cas isolé à l’époque. Une enquête publiée en 2000 sur onze réservoirs GPL soumis à un test d’incendie révèle que cinq d’entre eux ont explosé. Les six qui ont résisté étaient tous équipés d’une soupape de décharge, alors absente de la réglementation française. Environ 90 000 véhicules circulent à ce moment-là sans ce dispositif, créant un parc à risque évalué par la Commission de sécurité des consommateurs.

La réaction est rapide. Deux arrêtés (18 février et 4 août 1999), puis le règlement international R67-01 transposé en France en 2001, imposent un ensemble de cinq sécurités sur tout réservoir neuf. La conséquence est nette : les véhicules construits ou convertis avant cette date sont 4 à 5 fois plus exposés que les modèles récents en cas d’incendie. Acheter d’occasion un véhicule GPL antérieur à 2001 reste donc le seul vrai piège à éviter.
Comment un réservoir GPL est conçu pour résister
Un réservoir GPL moderne n’a plus rien à voir avec ses ancêtres. La cuve est fabriquée en tôle de 3 mm d’épaisseur, contre un plastique de 1 à 2 mm pour la plupart des réservoirs essence actuels. En cas de choc, c’est l’un des éléments les plus solides du véhicule. Les essais d’enfoncement montrent qu’il se déboîte avant de se rompre, là où un réservoir essence en polyéthylène se perfore plus facilement.
Côté incendie, le système empile plusieurs verrous. La soupape de sécurité s’ouvre lorsque la pression interne dépasse 25 bars, libérant un peu de gaz vers l’extérieur. Si le feu persiste, un fusible thermique fond aux alentours de 110 °C et évacue la totalité du GPL sous le véhicule en quelques minutes. Le résultat est une torchère sous la voiture, pas une explosion. Sur un essai contrôlé, le réservoir reste intact après 9 à 10 minutes de feu, juste recouvert de suie. À cela s’ajoutent un limiteur de remplissage à 80 % du volume (pour laisser une marge à la dilatation thermique), un limiteur de débit qui coupe le flux si une canalisation est sectionnée, et une électrovanne qui isole le réservoir dès que le moteur s’arrête.
Les constructeurs comme Dacia annoncent des cuves 6 fois plus résistantes que celles des années 1990. Cette donnée est cohérente avec les rapports d’accidents récents recensés par le BARPI : sur les sinistres documentés depuis 2005, les véhicules équipés d’une soupape brûlent sans exploser.
Les situations où le risque n’est pas totalement nul
La sécurité n’est pas absolue. Les rapports officiels d’accidentologie mettent en lumière trois scénarios résiduels.
Le premier concerne les réservoirs anciens sans soupape. Les véhicules immatriculés avant 2000 et jamais mis à jour restent vulnérables. Le coût de la modification varie de 150 à 1 500 euros selon l’âge du réservoir, et certains kits ne permettent même pas l’ajout. Mieux vaut alors changer de véhicule.
Le second est le suremplissage chronique. Un cas documenté en France raconte l’éclatement d’un réservoir torique de 57 litres sur un monospace, après une journée stationnée au soleil. Le réservoir était presque vide en utilisation, mais des pleins répétés « hydrauliques » (au-delà des 80 %) liés à une polyvanne défectueuse avaient fini par fragiliser la cuve. La leçon est simple : si la pompe GPL s’arrête prématurément ou semble forcer, faire vérifier la polyvanne dans les 500 km, pas plus tard.

Le troisième concerne les fuites en milieu confiné. Le GPL est plus lourd que l’air. Une fuite dans un garage fermé sans ventilation basse peut former une nappe explosive au sol, qu’un simple démarrage d’ascenseur ou d’éclairage suffit à enflammer. C’est pourquoi un garage abritant un véhicule GPL doit toujours disposer d’une aération basse, point trop souvent ignoré dans les pavillons individuels.
Ce que ça change vraiment au quotidien
L’idée que les voitures GPL seraient bannies des parkings souterrains est dépassée depuis 2002. Tout véhicule équipé d’une soupape de sécurité conforme à la R67-01 a accès aux parkings publics, même couverts. Les anciens panneaux d’interdiction ne s’appliquent plus, sauf dans les parkings privés où l’exploitant garde la main. Côté tunnels, une seule exception persiste : le tunnel sous la Manche, soumis à la réglementation britannique, qui interdit toujours les véhicules à gaz.
L’assurance ne fait pas de distinction tarifaire entre une essence et une GPL d’usine. Le contrôle technique est strictement identique, sans surcoût ni point de contrôle supplémentaire pour les modèles d’origine constructeur. Les conversions, elles, doivent passer une visite spécifique tous les cinq ans pour valider l’installation.
Sur le plan administratif, le bénéfice est tangible : carte grise gratuite ou à moitié prix selon la région, vignette Crit’Air 1 quel que soit l’âge du véhicule, et 15 % d’émissions de CO2 en moins par rapport à un moteur essence équivalent. Pour un automobiliste qui parcourt 20 000 km par an, l’économie sur le carburant tourne autour de 700 à 900 euros annuels au prix actuel du GPL (environ 1 € le litre).
Bonnes pratiques pour rouler serein
Acheter une GPL d’usine plutôt qu’une conversion change la donne. Le surcoût neuf est de 500 à 1 000 euros chez Dacia, contre 1 500 à 3 000 euros pour un kit posé sur un véhicule essence existant. Surtout, la garantie constructeur couvre intégralement l’installation, ce qui n’est jamais le cas avec une conversion artisanale.
Pour un véhicule d’occasion, trois points à vérifier avant achat : la présence d’une soupape de sécurité grand débit sur le multivanne (visible sous la voiture), la date d’installation du réservoir (durée de vie réglementaire de 15 ans en France), et le carnet d’entretien spécifique. Un réservoir non remplacé après 15 ans entraîne une contre-visite obligatoire et peut coûter 600 à 1 200 euros à changer.

Au quotidien, deux réflexes suffisent. Faire le plein avec le moteur coupé, comme à l’essence (la pompe GPL est en circuit fermé, mais une étincelle reste une étincelle). Et ne jamais laisser stationner le véhicule plein sous une chaleur extrême prolongée si la jauge dépasse les 80 %, situation rare puisque le limiteur le rend en principe impossible.
FAQ
Que faut-il faire en cas d’incendie d’un véhicule GPL ?
S’éloigner immédiatement à au moins 50 mètres et alerter les pompiers en précisant qu’il s’agit d’un véhicule au gaz. La soupape évacuera le GPL en 5 à 10 minutes sous forme de torchère, ce qui empêche l’explosion mais demande un périmètre de sécurité plus large qu’un feu d’essence classique.
Une voiture GPL peut-elle exploser garée au soleil ?
Non, sur un véhicule conforme. Le réservoir est rempli à 80 % maximum précisément pour absorber la dilatation thermique du gaz. Les rares cas d’éclatement par chaleur concernaient des cuves défectueuses ou suremplies par une polyvanne en panne, et concernaient des modèles antérieurs à 2005.
Pour conclure
Le débat sur la dangerosité du GPL est largement un héritage des années 1990. Les chiffres modernes, eux, sont sans équivoque : un réservoir conforme tient mieux le choc qu’un réservoir essence en plastique, et son comportement en cas d’incendie est mieux maîtrisé. Le vrai sujet de prudence aujourd’hui se résume à deux points : éviter les véhicules d’avant 2001 sans mise à jour, et ne pas stocker une GPL dans un garage sans aération basse. Pour le reste, rouler au gaz revient à rouler à l’essence, en payant moins cher et en émettant moins.
